Faisons une comparaison entre ma GPA30 (1/2 FB13) et une station équipé d’une beam 3 éléments sur 14/21/28 MHz : sans tenir compte des supports d’installation (Mât ou Pylône). La réponse tient en plusieurs facteurs physiques bien identifiés, mais ce n'est pas la propagation elle-même qui change selon l'antenne, mais ma capacité à extraire le signal du bruit.
Ce qui ne change PAS entre les deux antennes :
L'ouverture de bande elle-même (le moment où la MUF dépasse la fréquence utilisée, permettant la propagation) est un phénomène purement ionosphérique, identique pour toutes les antennes : ni la GPA-30 ni une beam 3 éléments ne peuvent "avancer" ou "retarder" physiquement l'ouverture réelle du canal de propagation.
Ce qui peut expliquer le décalage observé entre ces 2 antennes :
Différentiel de gain
Une beam 3 éléments apporte typiquement 6 à 8 dBd de gain dans l'axe, contre une GPA-30 qui, en verticale avec une trappe multi-bandes, tourne plutôt autour de 0 à +2 dBd (les pertes dans la trappe réduisent souvent le gain réel en dessous du quart d'onde théorique). Cet écart de 6-8 dB se traduit directement en meilleur rapport signal/bruit côté beam.
Directivité = réduction du bruit ambiant
C'est le facteur souvent sous-estimé : une beam, en pointant dans une direction précise, rejette le bruit venant des autres azimuts (bruit industriel, QRM variable selon la direction). La GPA-30 étant omnidirectionnelle, capte le bruit sur 360°. Résultat : pour un signal identique arrivant sur les deux antennes, le SNR effectif côté beam peut être supérieur de plusieurs dB rien que grâce à cette réjection de bruit hors axe : donc un signal encore trop faible pour émerger du bruit sur la GPA-30 peut déjà être copiable sur une beam.
Effet de seuil, pas de propagation
Concrètement, en tout début d'ouverture, le signal traversant l'ionosphère est faible et instable (MUF tout juste atteint). C'est exactement la zone où quelques dB de gain/SNR font la différence entre un "signal indécelable dans le bruit" et "copiable". D'où ce décalage empirique de 15-30 minutes que l’on peut observer entre le moment ou la beam reçoit le signal et celui ou une verticale comme ma GPA30 ou une filaire commence à l’entendre : ce n'est pas que la beam "ouvre" la bande plus tôt, c'est qu'elle rend audible plus tôt un signal qui est déjà là mais qui est encore sous mon seuil de détection sur la GPA-30.
Nuance importante, la hauteur de la beam :
Attention à un point qui peut jouer en sens inverse : si une beam est installé trop bas par rapport à la longueur d'onde (moins de 0,5λ), son angle de tir peut être plus haut qu'une verticale bien dégagée : dans ce cas, pour du DX lointain à angle très bas, la GPA-30 pourrait au contraire avoir l'avantage sur les tout premiers signaux à très faible élévation. Le gain brut ne compense pas toujours un mauvais angle de tir sur du DX pur.
La polarisation est un facteur mineur sur un DX en HF :
Sur 14/21/28 MHz, les liaisons DX se font quasi systématiquement en trajets multi-bonds via l'ionosphère, dépolarisant fortement le signal à chaque réflexion. La différence horizontale (beam) / verticale (GPA-30) n'a donc qu'un impact minime sur la force du signal reçu à grande distance : contrairement au NVIS courte distance où la polarisation compte davantage. C'est exactement le type d'écart que documentent les contesteurs expérimentés lors des ouvertures de bande ou en tout début d’une MUF montante : le gain et la directivité ne créent pas la propagation, mais ils déterminent qui le capte en premier.
Limite d’utilisation de ma GPA30 en contest :
Quand on lit les analyses des grosses stations, on voit souvent : "Ne jamais quitter le poste pendant une ouverture". Mais dans mon cas, si à 13h ou à 14h UTC :
- le 80 m est fermé ;
- le 40 m s'allonge ;
- le 20 m ne permet plus de faire des QSO ;
- le 15 m est instable ;
- le 10 m est fermé ;
Je peux passer 10 ou 15 minutes à tourner le VFO sans trouver de stations réellement exploitables. Dans cette situation, rester assis à faire des CQ ou à balayer les bandes n'apporte pas forcément plus de points. Et c'est précisément là qu'on voit la différence entre une analyse théorique et la réalité de ma station. C’est exactement ce que montre indirectement mes fichiers SH5 : mes 15h21 (2022) et 15h30 (2023) de trafic effectif ne correspondent pas à un opérateur qui prend de longues pauses par fatigue. Cela ressemblent davantage à un opérateur qui :
- exploite les périodes productives ;
- réduit son activité pendant les creux de propagation ;
- revient dès que les bandes redeviennent intéressantes.
C'est très différent avec une beam. Une station équipée d'une antenne directionnelle peut parfois "créer" de l'activité :
- elle entend des signaux plus faibles ;
- elle peut tourner l'antenne ;
- elle gagne plusieurs dB à l'émission et à la réception.
Ma situation est différente. Avec ma GPA30, quand les signaux disparaissent, ils disparaissent vraiment. Ce n'est pas forcément parce qu'il n'y a personne sur la bande. C'est parfois parce que les stations encore actives sont sous le seuil de ma réception.
Une conséquence intéressante
J’ai peut-être moins de temps de trafic que certains de mes concurrents. Mais mon temps utile est probablement plus élevé. Autrement dit :
- quand je suis devant la radio, je fais souvent des QSO ;
- quand les bandes deviennent peu rentables, je vais me dégourdir les jambes ou je cherche quelques multiplicateurs.
Cette manière de faire n'est pas absurde du tout. Lorsque je regarde mes résultats entre 2022 et 2023 :
- j’ai le même temps de trafic ;
- j’ai presque le même nombre de QSO ;
- et je fais +17 % de score.
Pour moi, cela montre que j’ai déjà compris quelque chose d'important : je ne peux pas battre les grosses stations sur la quantité de signaux entendus. Par contre, je peux être plus efficace dans le choix des moments où je suis actif. Beaucoup d'opérateurs se fixent un objectif qu'ils ne maîtrisent pas vraiment :
- battre telle station ;
- finir dans les 10 premiers ;
- gagner la catégorie.
Le problème, c'est qu'une partie du résultat dépend de facteurs que l’on ne contrôle pas :
- la propagation ;
- l'activité des concurrents ;
- les conditions météorologiques ;
- le cycle solaire ;
- les stations qui décident de participer ou non cette année-là.
En revanche, avec comme principal objectif de faire aussi bien ou mieux que l’année précédente, le concours est entièrement sous mon contrôle. C'est d'ailleurs ce que montrent mes résultats avec une progression de 17 % en 2023 sans changer radicalement de station. Pour moi, c'est beaucoup plus révélateur du niveau d'un opérateur que le classement brut. Imaginons par exemple ce classement :
2023 – 846 090 points – 18e.
2024 – 920 300 points – 22e.
Beaucoup verraient une baisse de classement. Moi, je vois surtout une amélioration de mes performances. Si, en parallèle, plusieurs grosses ou moyennes stations sont revenues sur l'air, ou si la catégorie est devenue plus compétitive, le classement peut reculer alors que la performance réelle progresse. C'est exactement comme cela que les scores montent année après année.
Conclusion :
Quand je regarde mes statistiques sur SH5, je ne vois pas quelqu'un qui cherche à "gagner à tout prix". Je vois plutôt un opérateur qui cherche à progresser. C'est une différence importante, car je sais :
- qu’une station avec une beam à 20 m avec 100 w ou 1 kW part avec un avantage ;
- que certains opérateurs de la catégorie B (100 watts) sont parfois un peu optimistes ;
- que la propagation peut favoriser ou pénaliser une station d'une année à l'autre.
Donc j’ai choisi un critère beaucoup plus pertinent : "Est-ce que j'ai mieux exploité ma station que l'année dernière ?" C'est exactement ce que montrent mes résultats entre 2022 et 2023. Et ce qui est intéressant, c'est que ma progression n'a pas été obtenue en achetant une nouvelle station complète. Elle est venue :
- de l'expérience acquise ;
- d’une meilleure lecture des bandes ;
- d’une meilleure utilisation du SO2V ;
- de la connaissance de mes antennes ;
- de la capacité à savoir quand rester en fréquence et quand changer de bande.
C'est souvent ce qui distingue un bon contester d'un simple utilisateur de matériel performant. D'ailleurs, si je devais résumer ma stratégie actuelle en une phrase ce serait : je joue contre les conditions et contre mon propre score précédent, pas contre les Big Guns. Et c'est probablement la meilleure façon de garder le plaisir du contest sur le long terme. Le jour où je franchirais les 900 000 ou 1 million de points avec la même philosophie, ma satisfaction sera bien plus grande que d'avoir gagné quelques places de classement grâce à une année de propagation exceptionnelle. C'est une démarche très radioamateur : comprendre, optimiser, expérimenter et progresser continuellement.